Petite généalogie de la banque

Cet article d’Alain Soral, journaliste et écrivain, offre un avis clair et précis sur la situation bancaire moderne.. Les informations qui s’y trouvent sont d’une importance capitale pour apprécier les enjeux actuels de ladite crise financière !

Pour creuser un peu plus, découvrez les articles consacrés à l’argent dette ou au crédit social dans la catégorie Argent et Société du blog. Bonne lecture !

Petite généalogie de la banque

par Alain Soral

(source Bloc-Note n°50)

Mon dernier papier sur la dégringolade de notre État-nation qui abordait, entre autre, la question de la responsabilité de la loi du 3 janvier 1973 – modifiant le statut de la Banque de France – sur la liquidation de nos politiques sociales (retraites, Sécu…) en appelait un autre, plus général, sur ce qu’est la Banque, clef du pouvoir moderne. Le voici, rédigé de la façon la plus simple et la plus claire possible, ce qui n’est pas facile !

Les banques et la Banque

D’abord il faut comprendre que la Banque, comme principe et processus de domination, n’a rien à voir avec la banque de dépôt et de prêt du coin de la rue, son ancêtre et son origine dévoyée. Un dévoiement dont on peut marquer les étapes successives comme autant de sauts, du service vers la nuisance pure et simple…

D’abord prêter de l’argent qu’on a

À l’origine, l’argent prêté par la banque d’investissement et de dépôt aux uns, correspond à de l’argent déposé par d’autres, et le taux d’intérêt remboursé en plus du capital – soit de la masse monétaire crée en plus que celle déjà en circulation – correspond également à la création de richesse réelle d’une entreprise aidée par l’investissement productif.

Ensuite prêter de l’agent qu’on a… en partie

Mais l’argent réellement présent en banque ne risquant pas d’être retiré en même temps par tous les déposants, grande devient la tentation de prêter plus que les sommes effectivement en dépôt. Naît alors le “multiplicateur”, soit une fabrication d’argent scriptural, mais toujours dévolu à l’investissement productif. Argent temporairement fictif, mais devenant réel au final par la création de richesses (valeur ajoutée) due à cet investissement productif. Un mécanisme de fuite en avant peu dangereux à deux conditions : Un. Que l’économie se trouve dans une phase de développement et de croissance illimitée, comme c’était le cas au moment de l’invention de cette pratique à la Renaissance. Deux. Qu’une autorité politique, au-dessus de la Banque, régule et limite cette pratique au regard de la croissance et du développement économique réel, et pas seulement scriptural et spéculatif.

Prêter de l’argent qu’on a de moins en moins

Un contrôle et une modération de la fuite en avant des prêts bancaires, sans commune mesure avec la faiblesse des dépôts bientôt exigés, appelés “réserve fractionnaire”. Une réserve fractionnaire imposée aux banques par le politique, mais qui, par la force des choses et compte tenu de l’évolution du rapport de force entre le politique et l’argent, va avoir tendance, au cours du temps, à tendre progressivement vers zéro !

Prêter de l’argent qui n’existe pas, mais toujours contre intérêt

Suite à ce lent processus de dégénérescence et de prise de pouvoir – l’un étant permis par l’autre – la Banque devient donc progressivement une pure entreprise de racket et de dépossession. En effet, la masse monétaire mise en circulation par les banques étant toujours supérieure à la croissance possible (création de valeur ajoutée) et le taux d’intérêt, lui, mécaniquement impossible à rembourser. Ce prêt d’argent, fictif, mais que seules les banques ont le pouvoir de prêter, équivaut donc, à travers la garantie hypothécaire sur l’outil de travail et les biens, à une lente captation de toutes les richesses privées par la Banque. La Banque devenant ainsi progressivement propriétaire de tout, sans jamais rien produire, et avec de la fausse monnaie pour seule mise de fond ! Nous touchons là à ce que nous pouvons appeler le vrai secret bancaire : arnaque de génie au cœur de tous les déséquilibres et de la domination contemporaine.

Prêter de l’argent qui n’existe pas, mais toujours contre intérêt et qu’on est le seul à pouvoir prêter, y compris aux États

Ce processus d’endettement voulu, fatal et généralisé, d’abord appliqué au monde de l’entreprise privée, connaîtra encore un nouveau bond en avant avec la privatisation des banques centrales dans tout l’Occident. Privatisation des banques centrales – inaugurée aux USA avec la FED dès 1913 – correspondant à l’ultime dépossession d’un pouvoir régalien fondamental : celui de faire émettre par la Banque nationale, sous contrôle de l’État, les masse d’argent nécessaires aux grands investissements publics (Plan, développement des infrastructures, politiques sociales…) prêtée à l’État à taux zéro. Cette masse d’argent crée de toute pièce, mais garantie par l’État en bons du Trésor, devenant, comme à la période vertueuse de la banque de dépôt et d’investissement, richesse réelle à terme validant cette masse monétaire supplémentaire, par la production de richesses effectivement produites grâce à ces investissements publics ; soit du développement et non de la pure inflation. Pure inflation, en revanche, si le pouvoir politique, par démagogie électorale, se met à abuser inconsidérément de la planche à billets ; raison invoquée pour privatiser le système sans rien y changer, si ce n’est limiter ce droit d’abuser au secteur privé !

De la banque accélératrice de développement à la banque parasite

Or, avec la privatisation des banques centrales, imposée à l’insu des peuples maintenus dans l’ignorance complète des processus bancaires, les États se voient tous désormais dans l’obligation d’emprunter l’argent nécessaire à leur développement sur le marché privé, avec taux d’intérêt. Pour la France ce sera, comme évoqué précédemment (voir Flash 49) : La fin du droit de prêt à l’État à taux zéro par la Banque de France. Décision prise le 3 janvier 1973 sous la présidence de Georges Pompidou (ancien directeur de la banque Rothschild). Une décision et une dépossession du pouvoir régalien de l’État qui avait nécessité, au préalable, l’éviction du Général de Gaulle. Pour l’Europe : La création de la Banque centrale Européenne (volet bancaire de l’UE) imposant en douce – par l’article 104 des accords de Maastricht rebaptisé article 123 dans le traité de Lisbonne – cette même interdiction à toutes les anciennes banques nationales des membres de l’Union Européenne. Et ce au nom, bien sûr, de la rigueur monétaire et de la fraternité des peuples ! Un taux d’intérêt payé désormais pour les investissements publics nécessaire aux développements, qui est le vrai non de la “dette” et de la politique de la dette. Un racket privé imposé aux États sur le dos des peuples avec la complicité silencieuse des politiques, y compris du bouillonnant Besancenot qui sait fort bien qu’il ne doit jamais aborder ce sujet s’il veut continuer à passer chez Drucker. Un racket bancaire à l’échelle des États, et sur le dos des peuples, qui est la première raison de la fin de l’État providence au tournant des années 70. La raison majeure de la fin de toutes les politiques sociales de développement qu’on appelle “la Crise”. Le paiement de l’intérêt de la dette – en réalité pur racket de la Banque, absorbant désormais tout l’argent normalement dévolu au développement et au social – étant exactement égal, en France, à la totalité de l’impôt sur le revenu du travail. Une équivalence que l’on doit comprendre, au-delà du symbole, comme une pure équation.

Conclusion politique

Cette obligation pour les États d’emprunter de l’argent sur le marché privé, avec taux d’intérêt, contre garantie en bons du Trésor, produit, au niveau des nations occidentales, la même conséquence que la garantie hypothécaire pour le monde privé des affaires. Soit, à travers une dette toujours grandissante et structurellement inremboursable, le transfert progressif – notamment par les privatisations – de toute la richesse de l’État dans les mains de la Banque, pourtant pur parasite. Soit, dit encore plus clairement : la captation progressive, à travers la fiction de la dette et avec la complicité des politiques, de toute la richesse des nations par un petit groupe de prédateurs…

Alain Soral

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2 commentaires pour Petite généalogie de la banque

  1. Sébastien dit :

    Merci pour toutes ces informations.
    De toute façon l’état voyou montre en ce moment son vrai visage.
    Il est temps pour le peuple, d’après la constitution, de rentrer en résistance.
    Pour savoir comment on a pu en arriver là lire : celui qui vient d’Anne Givaudan et aussi : ils voulaient un garçon d’Anne Givaudan. Ces deux livres expliquent de façon très simple et compréhensible pour un adulte et un adolescent comment par des mécanismes très subtils ces prédateurs ont pris possession des richesses de l’état.
    Pour changer les choses, il est indispensable de comprendre qu’il faut se changer.
    Bien cordialement

  2. Finance dit :

    La Banque d’Angleterre vient en effet d’annoncer la mise en place de nouvelles mesures économiques, afin d’investir 75 milliards de livres sterling dans des achats d’obligations d’État. Elle justifie sa décision par le fait que son précédent programme d’achat d’obligation avait permis une baisse des taux d’intérêt de 1,5% et provoqué une hausse du produit intérieur brut de l’ordre de 1,5 à 2%.
    Dans le même temps, la BCE décide d’agir sur les établissements financiers européens ; elle mettra ainsi en place un programme de refinancement illimité aux mois d’octobre et de décembre 2011. Banque Centrale Européenne

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