Lettre d’amour aux hommes

par Isabelle Alexandrine Bourgeois… (source blog de lamoude)

Ce texte nous ayant offert un large sourire intérieur, à votre tour d’en profiter 😉

Lettre d’amour aux hommes


Monsieur, je vous aime. Mais comme c’est difficile de vous le dire sans que vous ne preniez peur… Comment vous aimer sans vous le dire, sans que vous ne vous sentiez pris au piège ? Et vous avez raison d’avoir peur parce que 99% des intentions derrière l’amour que nous vous déclarons ne sont pas toujours pures… On vous dit « je t’aime » pour vous posséder, pour satisfaire nos petites envies sexuelles, pour combler notre solitude, pour être mère, pour que nous nous aimions à travers l’amour que vous nous portez. Nous vous aimons pour vos yeux bleus, pour votre argent, pour jouer les infirmières, pour vous sauver, pour nous rendre indispensable, pour prouver à la société que nous sommes « normale », pour laisser une trace de nous à travers une descendance…et tant d’autres excuses.

Et vous avez 1000 fois raison de vous méfier de nous, cher homme, parce qu’il n’existe dans toutes ces déclarations pas le moindre Amour… Ce ne sont que des contrats maquillés. Mais pardonnez-nous car la plupart du temps, nous n’en sommes jamais vraiment conscientes…

Ne vous a-t-on jamais dit que l’amour se décline sur plusieurs niveaux? En général, il commence au sous-sol et finit par le toit. Et plus il part de haut, moins il faut le craindre. Mais les amours qui se vivent « en bas » n’en sont pas moins nécesaires. Le chemin de l’homme passe par tous les étages… L’étreinte sexuelle n’a-t-elle pas inspiré depuis tout temps les plus grands poètes?

Commençons pas la cave. Là où les amants s’attirent physiquement uniquement, là où la rencontre n’est que sexuelle, passes éphémères ou domination du territoir sensuel de l’autre. Le sentiment n’y intéresse personne, les valeurs de toute nature y sont mineures. On se situe dans l’univers des chasseurs-cueilleurs qui évoluera, en faiblissant cependant, jusqu’au 4ème ou 5ème étage.

Au rez-de-chaussée, même si votre épouse s’inquiète de votre retard, une maîtresse vous dit « tu m’attires, je crois que je t’aime, faisons l’amour. » Même tableau qu’au sous-sol sauf que là, la femme se croit amoureuse. Elle vous entraîne dans le chantage, les crises de larmes, les week-ends à Venise en cachette. C’est le niveau des vies parallèles, de la jalousie et des mensonges, avec une pointe de romance pour vous charmer et vous divertir.

Au 1er, je t’aime sincèrement mais je te manipule pour te convaincre que tu m’aimes aussi. Je te séduis, je fends mes jupes et fais cligner mes cils. Et puis si tu peux quitter ta femme, c’est encore mieux! De toute façon, je ne vois pas ce que tu lui trouves… Alors vous divorcez pour elle. Avec les bijoux dont vous la couvrez, elle vous tient par vos « bijoux de famille »!

Au second, I love you, oh que oui! Mais avant de t’entraîner dans ma chambre à coucher, j’essaie de te connaître, de partager des moments d’amitié avec toi, de savoir si tu aimes aussi le chocolat à la menthe, la voile, les grillades et les chiens. Si tu es déjà marié, c’est fâcheux et je vais réfléchir un peu…

L’étage au-dessus, elle vous avait déjà remarqué depuis longtemps mais vous aviez une compagne. Elle vient d’apprendre que vous êtes enfin libre. « Allons dîner veux-tu, j’ai quelque chose à te dire. Et si tu m’aimes aussi, alors engageons-nous! N’est-ce pas la plus belle des choses », vous dit-elle au 3ème ?

Au 4ème, on se plaît, chacun se sent libre, épanoui dans son célibat et heureux de l’être. Même lié officiellement à un(e) autre, vous ne cachez rien à cette dernière et elle accepte votre liberté et vos écarts. Le jeu est transparent, honnête et clair pour tout le monde. Sur ce plan, on se croise sur l’oreiller sans attentes, sans masques ni calculs. Nos corps se tendent l’un vers l’autre, nos lèvres tremblent du frémissement des cœurs qui battent comme des tambours, notre passion nous dévorent comme un bûcher que seul Dieu a pu allumer. Nous souffrons car vivre à deux est impossible mais cet amour-là est puissant, sensuel et enivrant. Sur cet étage, nous commençons à nous aimer vraiment. Chacun repart dans sa direction avec de la gratitude et l’envie de voir l’autre capable d’être heureux sans lui ou elle.

Vient ensuite le 5ème où la femme vous trouve parce qu’elle vous y a cherché depuis toujours. Elle a cru au grand amour, a renoncé aux étages inférieurs pour mieux se donner à vous, pour préserver son corps et la fraîcheur de ses sentiments, pour se loger dans le creux de votre épaule comme le voilier trouve un port d’attache après de longs mois de traversée en haute mer. Elle reconnaît en vous une âme sœur, un compagnon de route dont elle a besoin pour se rendre meilleure. Alors votre union est la rencontre de deux individualités accomplies qui s’unissent pour s’enrichir mutuellement, pour s’inspirer de l’exemple que vous êtes l’un pour l’autre. Un enfant peut naître de cet équilibre presque parfait mais aussi une fondation à but non lucratif, un projet de bien social, un défi relevé à deux ou l’adoption d’un orphelin. Vous ne vous aimez pas par vos manques mais par vos points forts. C’est la fusion totale de vos corps et de vos esprits complices. Vous vous aimez sans vous envahir, vous vous gardez sans vous posséder. Ici, les femmes ne cherchent plus à se valoriser à travers vous mais l’harmonie de votre couple vous met mutuellement en valeur.

Enfin, vous arrivez sur le toit. Vous savez, juste au-dessous des étoiles… Les femmes qui s’y promènent sont beaucoup plus rares. D’ailleurs, elles sont très discrètes et peu de monde les voit. C’est sur le toit, cher homme, que l’on vous aime absolument. Là, une femme peut vous chérir sans vous toucher, sans vous séduire, sans chercher à vous garder ni à vous changer. C’est sur les toits qu’ont lieu les mariages des âmes. Une femme vous aime pour la patine attendrissante que le temps a laissé sur votre visage; pour l’histoire de vos rides et leurs sillons creusés par vos peines, vos combats et vos joies. Là, elle vous adore sans condition, d’un appétit non charnelle, d’une énergie libérée de sa dimension physique et matérielle, d’une tendresse presque angélique. Elle vous aime et vous admire pour le nombre de fois où vous vous êtes relevé après une chute, pour avoir pleuré sans vous cacher, pour n’avoir jamais nié vos valeurs ni votre loyauté à vous-même et aux autres. C’est de l’amour où chacune des lettres de son mot est un vase rempli d’eau.

Alors à ce niveau-là, Monsieur, quand une amie vous dit « je t’aime», ne cherchez pas à fuir, à lui dire qu’il y a un « malentendu » et que vous ne pouvez pas répondre à ses attentes. Car elle n’a aucune attente. Acceptez simplement d’être aimé sans retour. Pour rien. D’être embrassé non pas de ses lèvres mais par son feu intérieur. C’est une amitié sublimée. Hélas, ces sentiments-là vous donnent le vertige et trop souvent préférez-vous redescendre aux étages inférieurs; là où vous n’êtes pas mis au défi de rester à la hauteur…

Comprenez que plus vous monterez dans l’idéal amoureux, plus vous goûterez aux amours désintéressés. Tout comme cette femme sur le toit, vous vous sentirez souvent seul mais la recherche de l’amour vrai est comme une ascension: plus vous prenez de l’altitude, moins vous croiserez de monde.

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