L’Idée Et Le Miroir

Corrado Malanga offre à la fin de son texte « La Physique des Abductions » une approche quasi-drolatique de sa vision du monde… La voici tirée hors de son écrin, pour la lire et la relire…

L’IDÉE ET LE MIROIR

Est-ce que une idée peut se refléter dans un miroir?
Qu’est-ce que cette question veut bien dire?
Semble tonner le Technocrate-technarque, celui qui commande à travers la technologie. Le prêtre de la puce électronique me regarde étonné et furieux, dans sa veste blanche éblouissante fluorescente. Qui es-tu, d’où vient tu, pourquoi poses tu des questions?
Il pointe son doigt osseux, maigre, squelettique vers moi, contre moi.

Mais que fais-je ici, dans ce milieu aseptique, blanc aussi? On ne voit rien d’autre que le blanc des murs; il n’y a ni portes ni fenêtres. J’aperçois uniquement le blanc de la veste de ce type, grand, maigre, avec peu de cheveux, blancs aussi, les yeux aux pupilles verticales, blancs… trop blancs. Je peut distinguer à peine uniquement les yeux du type, qui sont au moins gris clair, translucides comme le verre, et au centre la pupille verticale… bien visible… noire. Je lui répond, même si tout ceci me semble tellement inutile:
Je suis curieux et j’aime emmerder le monde.

Et lui:
Je ne suis pas « le monde ».

Bon, j’en étais sûr, Mazinger Z est arrivé.
Il fronce les petites plissures de son nez et pendant un instant il ferme nerveux ses yeux, mais pas complètement. Il ne m’aime pas, j’en étais certain… pourquoi je ne la ferme pas? Pourquoi dans ma vie je ne l’ai jamais fermé? Je ne pouvais pas faire semblant d’être imbécile? Tout aurait été tellement plus simple. J’aurai fait carrière, j’aurai volé comme les autres, je me serai rangé du côté des extraterrestres qui nous aiment tellement, j’aurai vu peut-être la Vierge… Mais non! Maintenant je me retrouve devant cet énorme mec de trois mètres, qui me regarde comme il regarderait un ver de Terre. C’est évident que je l’énerve et je me demande: pourquoi il ne me désintègre pas avec son super laser qu’il doit avoir quelque part, peut-être dans son ouverture anale?

Le type maigre lit mes pensées et fait un geste de dégoût avec sa bouche…
Tu ne vaux rien, tu es comme les autres, nul…

Je le regarde comme si je devais lui dire je ne sais quoi.
Oh, oui, bien sûr! C’est clair que je ne suis pas grand chose, mais toi tu parais sorti de la pire BD que l’esprit malade d’un fou furieux pourrait concevoir. J’aurais imaginé de trouver un extraterrestre hiératique qui donne des ordres, non pas un pauvre type sous-nourri habillé en infirmier, avec des problèmes de déambulation. Mais du reste c’est connu: il paraît que vous êtes vieux dedans.

Il écarquille les yeux et sa pupille verticale devient ronde. J’en étais sûr: je l’ai énervé à nouveau.
Votre race possède une chose qui nous appartient.

Ah bon? Et pourquoi nous devrions l’avoir?

Il y a eu une erreur.

Ah bon? Et qui a commis cette erreur?

Tu ne comprends pas…

non, je comprend parfaitement et je comprend que tu veux te foutre de ma gueule. Écoutes-moi bien, mon brave, tu veux que je te donne une belle explication de ce qui se passe?

Je n’ai pas besoin de tes explications!

C’est peut-être pour cette raison que tu n’as encore rien compris et que ton joujou est entrain de se casser dans tes mains, hein?

Que veux-tu dire?

Il s’approche et je sens son odeur: plastique… artificiel, comme tout le reste… tout est artificiel là dedans…
Je vais t’expliquer ce que je veux dire et voyons si ton cerveau arrive à comprendre quelque chose.
Je ne crois pas, mais une tentative, la dernière tentative, je veux vraiment la faire: je veux t’expliquer ce que sont réalité et virtualité.

Tu ne vas rien m’expliquer du tout: je sais tout.

Ah, d’accord. Tu sais tout et c’est pour cette raison que tu es là à perdre ton temps avec moi.
Intéressant, quand même…

Il tourne sa tête en haut à gauche, comme si il voulait m’effacer de sa vue, effacer mon existence, comme si il devait demander à quelqu’un derrière lui si il devait forcément continuer ce débat inutile à deux entre lui et moi. Il semble fatigué, mais semble aussi obligé à discuter avec moi… il a hâte de connaître quelque chose et il paraît vraiment que ce « quelque chose » il l’attend de moi…
bah!
Écoute moi, je lui dis, je n’ai pas de temps à perdre avec toi maintenant, même si tu me semble sympa. Faisons comme ça: maintenant je vais t’expliquer certaines choses et après je te laisse parler. Alors, donc, parlons du miroir…

Il s’énerve de suite et je lui répète patiemment:
Veux-tu savoir ce que j’ai en tête ou pas? Je dois me comporter avec toi comme avec un petit garçon. Tu ne sais pas, mais tu ne sais pas de pas savoir et surtout il paraît vraiment que tu n’aie pas conscience de tes limites.

Il s’agite, se retourne et s’éloigne rapidement.
Arrête-toi, couillon. T’es un couillon: tu ne vois pas que j’essaye de te faire comprendre pourquoi tu t’es trompé avec nous? Peut-être que tu pourra ensuite y comprendre quelque chose et te tirer d’affaire du bordel où tu t’es foutu, ou pour mieux dire, où tes ancêtres t-on foutu, avec leurs saintes petites mains. Je ne lui laisse pas le temps d’une réplique et je commence à lui dire comment sont les choses: il s’agit du miroir! Tu vois, nous, les êtres humains nous nous regardons à travers une surface qui reflète que nous appelons miroir. En nous regardant nous comprenons comment nous sommes faits. Bref, nous nous regardons de l’extérieur. En nous regardant il se passe quelque chose en nous, quelque chose qui est lié à nos sens plus internes, quelque chose qui nous fait reconnaître en ce que nous regardons. En d’autres termes, nous les humains nous voyons dans le miroir ce que nous croyons d’être, non pas ce que nous sommes en réalité. Certains se voient beaux, d’autres pas beaux, d’autres gentils, d’autres méchants, d’autres terrestres, d’autres extraterrestres. Il y a des humains qui aimeraient beaucoup être extraterrestres ou des Dieux et derrière le miroir exaltent leur réalité extraterrestre et il y a des humains qui veulent être humains et ont la trouille d’avoir, en eux, une composante extraterrestre. Chacun voit de soi-même une image réfléchie qui n’est pas celle qu’on voit rationnellement, mais une chose plus complexe, quelque chose qui est réinterprétée par les parties animique et spirituelle à travers la partie mentale, qui agit de traducteur simultané des symboles et des archétypes.

Tu perds du temps derrière des mots et moi je suis pressé. Me dit-il, et ajoute: j’ai commis une erreur en te laissant parler, de toute manière ça ne sert à rien: les choses sont comme elles sont et c’est tout.

Dis, plutôt, que ça te plaise ou pas, que je me reflète en toi et toi en moi!

Qu’est-ce que c’est cette histoire, encore un de tes expédients pour gagner du temps?

Ce n’est pas moi qui vole du temps à toi mais votre race qui vole notre temps à nous.
Moi, comme tous les humains, je me reflète inconsciemment en tout ce que je vois. Dans le sens que j’essaye de comprendre et humaniser tout ce que je perçois. Les humains font mettre un petit pull aux chiens parce qu’ils on peur qu’ils aient froid, ils transforment les animaux en demi-humains chaque jour. Nous faisons pareil avec les objets, que nous déguisons en humain. C’est une tentative de notre cerveau d’anthropomorphiser la nature qui nous entoure. Une tentative de retrouver dans les autres des modèles mentaux semblables aux nôtres. Les petits enfants de notre race croient que les nuages sont vivants, parce qu’ils bougent, et dessinent le Soleil qui rit, et n’importe qu’elle chose qu’ils voient ils la humanisent. En ce contexte moi, pendant que je t’observe, je t’ai déjà humanisé. Comme ont fait aussi tous les autres: tous les autres de notre race avec lesquels tu a eu un rapport quelconque. Par exemple celui qui ne croit pas en ton existence se reflète en toi de façon merveilleuse. Il ne croit pas en ton existence parce qu’il ne croit pas non plus à la sienne. Il croit que tu es une erreur de sa fantaisie, il renie sa fantaisie et renie soi-même. Si tu te trouves devant un militaire, celui-ci pensera que tu es un militaire: il aura peur que tu l’envahisse et que tu sois un ennemi. Les militaires sont mono-thématiques, comme des humains qui sont resté à l’age de la pierre, qui pensent que tous les autres veulent leur voler leur massue. La massue représente l’instrument du pouvoir géré avec la force. Si tu parle avec un militaire qui a eu des rapports avec toi, il te décrira comme celui qui veut lui voler son pouvoir.

Si tu as à faire à un imbécile, il te verra de la façon qu’il est lui-même: il pensera que tu es venu sur cette planète pour sauver l’humanité, il va croire à ta technologie et à tes manèges, en faisant recours à des clichés de bande dessinée pour que tu te montre à lui. Un pauvre d’esprit va croire que tu es un pauvre d’esprit, un ange du ciel qui est venu le chercher. Le royaume des cieux serait en effet pour les pauvres d’esprit, si jamais il serait localisé quelque part. Un politicien va croire que tu es aussi imbécile et structurellement rangé d’un côté que lui et se demandera si tu es communiste ou libéral. Un maniaque sexuel va se demander si tu es bien monté, si tu es femelle, mâle ou quelque chose d’autre, parce que en te regardant il est entrain de se demander qui il est lui-même. Un psychiatre verra en toi l’essence de sa maladie psychique, qui lui a fait choisir d’étudier psychiatrie à l’Université pour soigner soi-même à travers les cauchemars des autres, en se faisant en plus payer. Un homuncule inutile va croire d’avoir devant lui un homuncule, qu’il peut rouler et avoir sans problème: il verra devant lui un autre ufologue. Celui qui est accoutumé à exercer le pouvoir avec la ruse, pensera que tu soies aussi corruptible et magouilleur à la fois, il pensera que tu soies un détenteur du pouvoir occulte, un franc-maçon, et essayera de te parler avec le langage particulier que possèdent tous les franc-maçons du monde, pour essayer de s’accorder à des stimulations qui sont en réalité tes besoins. Celui qui est religieux verra en toi son dieu, sa manifestation privée, sa Vierge de salon. Et toi… tu verra en eux principalement ce que tu es: n’importe qui tu aura en face, tu verra en lui un idiot inutile qui n’accepte pas de mourir. Mais attention. Tu vois en nous ce que tu es toi, comme nous voyons en toi ce que nous sommes nous. Voilà le miroir de l’Univers. Mais ne crois pas que ce que tu vois est la réalité. Souvent elle peut l’être, mais parfois elle pourrait ne pas l’être. Tu as tendance à voir toujours toi-même dans les autres et plus tu nous méprise, plus tu te méprise toi-même. Ce sont les conneries de ta race inutile, ton point de vue d’être inférieur sans aucune objectivité, donc sans aucune valeur.

Vous les humains vous êtes capables de jacasser pendant des heures sans le moindre sens.

Faisons alors un essai. Laissons décider à quelqu’un d’autre, à un instrument, si ce que je dis est vrai ou pas.

Oui, c’est ça, quelqu’un… tu choisis, si ça se trouve, quelqu’un de ces imbéciles que tu connais, de façon qu’il puisse soutenir ta thèse.

Mais nooon, sois tranquille, le choix sera fait par un mesureur impartial: il s’agira d’un miroir!

Il ne comprend pas, il secoue la tête comme pour chasser une mouche, une idée, qui sait.
Nous serons à armes égales, nous passerons tous les deux devant le miroir et nous verrons l’image que le miroir nous renvoie. Nous verrons ce qui apparaitra à moi de toi et à toi de moi. Nous ferons ce que l’on appelle une confrontation qui se recoupe: au fond un miroir ne mord pas!

Cette chose ne sert à rien donc elle est inutile, je ne me soumettrai pas à ce piège.

Tu vois que tu penses avoir devant toi quelqu’un qui veut t’avoir? Tu est entrain de voir en moi toi-même.
Je vais te montrer donc que tu est un humain inutile, avec un cerveau inutile, avec des buts inutiles et dangereux. Une ordure de l’Univers que quelqu’un a voulu, de la haut, pourvoir de la parole pour un dégoutant dessin créatif. Les dessins créatifs ne devraient pas être dégoutants: ils devraient être créatifs… ou je me trompe?

Les créations ne produisent pas toujours des effets prévisibles et calculables, et ce qui n’est pas prévisible nous le condamnons.

Hé bien: alors, puisque ce que tu verras dans le miroir est pour toi prévisible, nous pouvons faire l’expérience.

Il me semble décidé plus que jamais à en finir là: il veut me montrer que je suis un couillon. Bien: voyons de quelle façon ça va se terminer. C’est moi le premier à passer devant le miroir. Je m’arrête là devant un peu et je me regarde attentivement. Je me regarde dans les yeux et j’ai de suite envie de sourire.

Pourquoi tu ris? Tu ris de toi-même? Donc tu serais quelqu’un qui rit de soi… tu est donc quelque chose qui ne mérite pas respect même pas de soi-même.

Tu vois la différence de l’image interprété par toi et par moi? Moi, au contraire, je vois quelqu’un qui est content d’être soi-même. Essaye toi maintenant.

Il bouge avec cette veste longue et remue aussi beaucoup d’air quand il se déplace… De toute manière ici il fait assez froid, je pense.
Il est là, devant le miroir, et se regarde dans les yeux. Ses pupilles se dilatent. Il me semblait qu’elles étaient verticales, mais maintenant que je regarde bien… je ne les avais jamais vues aussi grandes, aussi rondes, aussi… effrayées.

Mais on voit rien là dedans, il n’y a rien à voir ici, hurle t-il.

Du calme, du calme, peut-être que quelque chose ne fonctionne pas, je lui répond. Je fais le tour du miroir: mais non, il n’y à rien de cassé, c’est un miroir.

Mais je ne vois rien: où suis-je?… Le créateur, maudit, m’a crée aussi sans image de moi. Maudit…

Mais reste tranquille, regarde bien, ne soit pas pressé: parfois les images sont longues à apparaître; au fond ce que tu vois est ce que tu perçois de toi et, si pour un instant tu as ressenti le vide, peut-être que, si tu regarde mieux, il existe autre chose. Regarde bien.

Il commence à respirer frénétiquement… mais comment respirent t-ils ces extraterrestres? Il souffle comme un boeuf… Ensuite tout à coup je le vois plisser les paupières, il regarde tout au fond, au fond du miroir… et…

Quelque chose approche là bas au fond…

Tu vois? Je te l’avais dit qu’il y avait quelque chose à voir…

Mais… mais… mais c’eeeest… mais c’est toi…

Moi? Qu’est ce que je fais dans ton image spéculaire? Tu perçois ce que tu penses être ton image: donc tu penses être moi?

Nooon, ce n’est pas rationnel!

Mais c’est ce que tu vois, non?

C’est une hallucination!

Non c’est ce que tu crois être. Tu crois être moi, tu veux croire d’être moi. Mais comment? Tu veux être ce que plus tu méprise dans l’Univers?

T’es un batââârd… Hurle t-il.

Oui, je le suis, mais ce n’est pas de ma faute.

Lien vers le texte complet :

La Physique des Abductions

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2 commentaires pour L’Idée Et Le Miroir

  1. laurent dit :

    Jolie démonstration « en miroir » (si j’ose dire)…
    Seulement l’auteur se met en porte-à-faux de sa propre démonstration, dans le sens où il rejette toute la médiocrité de sa perception sur cette créature-reflet qui le crée. En quelque sorte, l’un est le reflet de l’autre, et toute l’horreur ou l’erreur de leur rencontre conflictuelle est imputable au miroir.
    La grande lacune de cette démonstration, c’est de positionner le miroir hors du champ du réel des deux protagonistes. Or le miroir est le support de l’idée du reflet, et le reflet du support de l’idée. De sorte que toute la démonstration qui tente de dénoncer une illusion, repose elle-même sur une illusion.
    Mais toute illusion a son utilité, celle de nous ramener indirectement au réel.
    Et hop! Un prozac… Bon allez, je vais me cacher dans mon terrier de lapin blanc…

  2. Colin Chabot dit :

    Ce texte est terriblement biaisé. M. Malanga se montrant si ‘intelligent’ à percevoir le véritable visage des extraterrestres. Comme il dit; les imbéciles voient les extraterrestres comme gentils et venus nous sauver; les simples d’esprit voient des anges qui vont les amener au paradis; etc. Il met arbitrairement dans le même panier négatif et simpliste une diversité de race d’extras que si nous même on le faisait encers les terriens ce serait vu comme absurde (résumé tout un peuple à quelques qualificatifs). M. Malanga a le mépris facile autant envers les extras que pour les autres chercheurs et le genre humain en général ce qui lui enlève toute crédibilité. Ce qu’il aurait pu peut-être avoir avec ses recherches.

    Colin Christian

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