Interview de Joël Labruyère – 2001

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Extrait du numéro 21 du magazine « Les 3 Mondes » – Janvier / Février 2001

Interview de Joël Labruyère

Joël Labruyère lutte depuis des années pour la défense des spiritualités et des thérapies non-conventionnelles. À contre courant de la machine médiatique, son ouvrage  » L’État inquisiteur  » a été l’une des rares enquêtes à faire la lumière sur l’inquisition en France. Il publie un nouvel ouvrage,  » Rencontre « .


Lorsque vous affirmez qu’une nouvelle inquisition s’installe en France, n’est-ce pas exagéré ?

J’ai cherché à comprendre le mécanisme de l’inquisition traditionnelle ; il s’agit d’une science de la normalisation mentale que tous les régimes tyranniques ont utilisé. Ces méthodes de déstabilisation et de manipulation sont d’une telle habileté qu’on finit par les trouver normales. Elles ont fonctionné pendant des siècles et font partie intégrante de notre culture. Le but ultime de l’inquisition est de terroriser les populations en leur présentant des boucs émissaires qui changent de nom de siècle en siècle. Aujourd’hui, c’est les sectes. Gare à ceux qui s’écartent de la pensée dominante !

Selon vous, il existerait une inquisition moderne utilisant les mêmes méthodes de coercition (1) que par le passé quoique sous des formes politiques acceptables ?

L’esprit d’inquisition est une très vieille idéologie qui s’est cristallisée à l’apparition du monothéisme. Depuis qu’on a décrété qu’il n’existe qu’un seul dieu, tous les autres doivent périr et maudits soient les hérétiques qui douteraient que l’Église est le seul intermédiaire entre l’humanité et le dieu unique. On peut remplacer le dieu unique de Église par la raison unique de la Science officielle, mais le résultat est le même : le dissident doit être exclu de la communauté des gens normaux. Aujourd’hui, on use de moyens d’excommunication identiques à ceux en usage depuis la fondation de l’inquisition en 1233. Prenons pour exemple la  » procédure d’office  » qui est fondée sur le soupçon et la délation, sans que l’accusé soit l’objet d’accusations précises. Accusé, donc coupable.

On dresse des listes de suspects, ce qui est une invention des bureaucrates de l’ordre dominicain reprise par les nazis et les communistes. Une liste écrite devient officielle et constitue en soi une preuve de culpabilité lorsqu’il n’existe rien d’autre contre vous. Si vous êtes sur la liste, c’est que vous n’êtes pas innocent. Ensuite, on rédige des rapports où sont consignés les moindres détails anodins sur vous, vos proches et vos relations. Le  » dossier  » est l’arme des polices ayant pris modèle sur l’inquisition. Enfin, on juge et on condamne le suspect sous le sceau du secret, en ne prenant en compte que l’avis de ses adversaires et des témoins à charge. C’est ainsi qu’une commission parlementaire a procédé pour établir la liste des sectes en 1995. Des dizaines d’associations sans histoire se sont réveillées dans la peau d’une  » secte dangereuse  » du jour au lendemain, sans recours possible à cause du sacro-saint secret parlementaire. Les parlementaires ont utilisé la panoplie complète des méthodes de l’inquisition médiévale, la torture physique en moins.

A votre avis, pourquoi cette répression a-t-elle pris un caractère aussi impitoyable ?

Parce que nous vivons dans des cycles historiques où se succèdent une ouverture politique et une tolérance religieuse qui sont suivies immanquablement d’une réaction hostile aux débordements de la liberté de pensée. Traditionnellement, le premier dogme de l’Église ne reconnaît pas le droit de penser individuellement. Orthodoxie signifie  » pensée droite « . Et, tout pouvoir est entre les mains d’une orthodoxie. L’œcuménisme est une hypocrisie qui exclut en réalité les minorités spirituelles. Il ne s’agit que de pouvoir et d’instinct de survie. La guerre aux sectes à laquelle nous assistons en France est le prélude à une élimination des nouvelles dissidences d’ordre spirituel, philosophique et scientifique. D’abord on crée un bouc émissaire contre lequel se forme un consensus général, puis on étend la persécution à des cibles plus larges. Des milliers de personnes sont désormais la cible de ce jeu de massacre. Mais, comme cela s’opère hors du champ médiatique, les victimes de cette chasse aux sorcières sont persécutées dans la plus grande indifférence. Les gens me disent :  » Je n’y croyais pas avant que ça me tombe dessus.  »

Pour démontrer la réalité de cette situation, vous avez sillonné la France pendant plusieurs mois en enregistrant les témoignages de ceux qui se prétendent victimes de cette nouvelle inquisition ?

Avec une petite équipe de professionnels composée d’un médecin victimologue, le docteur Diétrich, et d’un psychosociologue, Christian Cotten, nous avons auditionné des dizaines de personnes dans les principales grandes villes de France. Ces auditions se sont déroulées publiquement et ont été filmées. Il en ressort un rapport de 150 témoignages irréfutables qui prouve qu’une réelle chasse aux sorcières sévit actuellement en France. J’ai sélectionné une cinquantaine de cas significatifs qui figureront dans mon dernier ouvrage.

De quoi et de qui ces gens sont-ils victimes ?

Selon les analyses effectuées par le docteur Diétrich, la rumeur de  » secte  » est utilisée pour démolir quelqu’un au plan familial ou professionnel. Cette rumeur est généralement diffusée par les associations antisectes en relation avec les Renseignements généraux. Lorsqu’on veut discréditer quelqu’un publiquement, on lance la rumeur par voie de presse. Dans une ville de province, il est difficile de s’en remettre. Avec une descente de gendarmes armés en prime, votre réputation est définitivement ternie. Plus la rumeur est absurde et plus ça marche. La victime se débat en tentant de se justifier de quelque chose dont elle n’est pas coupable et dont elle ignore tout. Il ne faut jamais se justifier pour une faute que l’on a pas commise et que le droit français ne reconnaît pas comme un délit.

Vous prétendez que la France souffre d’une nouvelle épidémie, la  » sectophobie « , et que tout le monde en est contaminé.

Absolument, et j’étais moi-même sectophobe avant de commencer mon investigation sur les sectes et les antisectes. En France, on se méfie de ce qui n’est pas religieusement correct. Les médias ont lancé tellement de rumeurs affolantes sur les sectes qui manipulent, détroussent et violent, que nous en sommes tous infectés. Il est impossible de s’abstraire totalement de l’atmosphère médiatique empoisonnée où nous baignons. De plus, la théorie des suicides collectifs nous flatte secrètement car elle mobilise nos paradoxes intimes, et pourquoi le cacher, notre perversité secrète. On a envie d’y croire alors que cela n’a jamais existé dans l’histoire humaine. Le mensonge extravagant nous fascine. Il est si confortable de croire qu’il y a des fous furieux prêts à s’exterminer dans les sectes. Par contraste, cette démence nous donne une plus haute opinion de nous-mêmes. Combien de personnes se croient supérieures parce qu’elles n’adhèrent à aucune organisation, alors qu’elles gobent continuellement les informations de la grande secte au pouvoir. Le délire autour des sectes est un test pour évaluer notre lucidité. Si, comme on le pense, la France est devenue un laboratoire expérimental entre les mains de certains groupes d’influence en vue de préparer l’ordre mondial, je constate que nous sommes en mauvaise posture.

Y a-t-il une perspective d’ouverture par rapport à la politique du gouvernement ?

Dans la France actuelle, c’est Alain Vivien qui assume le rôle de grand inquisiteur, dans l’ordre des apparences tout au moins. C’est l’État qui l’a mandaté. S’adresser à l’État n’est pas facile et, d’après mon expérience, c’est plutôt impossible. Je ne me souviens pas qu’un seul élu ou fonctionnaire ait émis l’idée de répercuter mes propositions constructives en vue de réglementer la vie associative par une déontologie. Bien que représentant une association à laquelle adhérent des dizaines d’associations spirituelles et des centaines de professionnels et de thérapeutes directement menacés par les effets de la chasse aux sorcières : médecins, formateurs, éditeurs, écrivains, prêtres de différentes confessions dont des curés catholiques romains, pasteurs et responsables d’associations cultuelles, chefs d’entreprises, éducateurs et enseignants, membres du corps médical, psychiatres favorables à la médecine holistique, sociologues et universitaires, et jusqu’à des maires de petites communes… Je n’ai jamais été reçu par les autorités chargées de la question des  » sectes « . Car c’est une question à laquelle on a décidé de répondre par une solution finale.

Je constate non sans lassitude que le refus de dialoguer est total. J’en déduis que la campagne antisecte procède d’une volonté politique implacable. Les preuves sont évidentes et il fallait que ce travail soit fait. Pour les inquisiteurs, le dialogue risque de mettre en pièces leurs élucubrations sans fondement. Le dialogue permettrait de trier le bon grain de l’ivraie, afin que chacun sache ce qui est éventuellement condamnable dans tel ou tel groupe. Mais, c’est précisément ce dont les inquisiteurs ont peur. La moindre clarté jetée sur cette trouble chasse aux sorcières en révélerait l’imposture.

(1) contrainte

DES LIVRES ANTI-SECTES À FOISON…

Les livres anti-sectes sont légions (plus de quarante disponibles), du plus scandaleux au plus abscons.

Tout le monde s’y met mais pas toujours clairement.

Ainsi, qui saura que Thomas Lardeur, journaliste et auteur du peu sérieux ouvrage  » Secte et entreprise  » figure dans l’organigramme du CCMM, association anti-secte dirigée par les obligés de M. Vivien, responsable officiel de la lutte anti-secte. M. Lardeur a fait préfacer son ouvrage, en toute indépendance, par Jean-Pierre Brard, rapporteur de l’enquête parlementaire sur  » Les sectes et l’argent « . L’on peut d’ailleurs y découvrir quelques curieuses similitudes, à croire que la même source documentaire a servi.

…ET QUELQUES-UNS PLUS OBJECTIFS

Quelques ouvrages émergent pour donner une approche plus conforme à la réalité :

–  » Sectes et démocratie  »
–  » Pour en finir avec les sectes  »
–  » L’État inquisiteur  »
–  » Les naufragés de l’esprit  »

Presse : L’exception qui confirme la règle

La presse véhicule la chasse aux sorcières, même les revues X s’y mettent. Deci, delà malgré tout, émerge d’autres points de vue.

 » Le franc-maçon Alain Vivien ignore-t-il que son association a été et reste considérée par certains comme sectaire ? Si les mouvements spirituels aujourd’hui dans le collimateur des pouvoirs publics le sont effectivement, cela justifie-t-il un tel déploiement de force et une telle débauche d’énergie ? Quand l’ancien ministre parle de mise en danger de l’équilibre social, à quoi fait-il donc allusion ?  »

Extrait L’Yonne Républicaine, 27/11/2000

Dossier :

Nous avons publié un dossier  » La spiritualité en danger  » dans notre n°14. Il comporte des analyses et des interviews exclusives de juristes, sociologues, et autres spécialistes.

Ouvrages :

–  » La sectophobie « , Éd. 3 Monts.
–  » L’État inquisiteur, la spiritualité en danger « , Joël Labruyère, Éd. 3 Monts

Omnium des Libertés :

40, rue du Paradis, 76530 Grand Couronne
Tél. 02 35 67 55 62
Fax : 02 35 69 11 04
email : omlib93@aol.com


Recueillis par Michel Rousseau
Extrait du numéro 21 du magazine « Les 3 Mondes » – Janvier / Février 2001

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Un commentaire pour Interview de Joël Labruyère – 2001

  1. Shiva dit :

    La suite du travail de Joel Labruyere sur http://www.crom.be

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